DIVERSIONS

L’exposition s’ouvre au centre culturel André-Malraux, rue Ledru-Rollin, jeudi, pour se prolonger jusqu’au 14 juin. Son nom « Street art ». Pour les non-anglophones, on pourrait traduire par « l’art de rue ». Que se cache-t-il derrière le street art ?

Au commencement, il y avait ces graffitis lâchés sur un mur par des jeunes anonymes souhaitant véhiculer un message, en toute… illégalité. Œuvre éphémère offerte gratuitement aux regards de tous. Si le mouvement a pris corps dans les années 70 dans les quartiers de New York, il a traversé les océans et s’est répandu dans les années 80 et 90, s’appuyant sur un certain nombre de codes techniques dictés par la rue.

Aujourd’hui, la bombe fait toujours partie des outils privilégiés par ceux qui ont fait de la pratique clandestine, une véritable démarche artistique. Et le graffiti a ouvert son champ de vision dépassant les murs extérieurs pour, parfois, venir s’encadrer dans un musée ou une galerie, dépassant la bombe de peinture et le geste maîtrisé du graffeur, pour se coller sur les parois en silhouettes comme sorties d’une bande dessinée, ou encore pour se retrouver à habiller un arbre urbain d’un col roulé tricoté sur mesure. Bref, le street art a évolué et a agrandi sa famille. C’est ce que souhaite faire partager au public agenais le centre culturel qui a réuni huit artistes (1) ayant pour certains roulé leur bosse depuis vingt ou trente ans et pour d’autres venant d’éclore dans le cercle fermé des jeunes artistes qui surprennent.

Mixité des publics

Ici, l’équipe du centre culturel s’est appuyée sur l’expérience d’un artiste bordelais, Kendo, âgé de 38 ans, qui distille son art pictural tant sur les murs que sur la toile. « Au départ, le street art – et plus particulièrement le graffiti – était un acte antisocial. Aujourd’hui, les lignes ont bougé, il y a une certaine acceptation, mais il faut poursuivre l’éducation. » Et c’est d’ailleurs l’ambition de l’exposition : faire découvrir à un public habitué à arpenter musées et salles d’exposition que l’art de la rue, parfois vécu comme une agression ou un vandalisme, est une démarche artistique à part entière qui se décode, s’apprécie, qui se comprend. A contrario, l’idée est également de permettre à un jeune public séduit par la liberté induite par le geste de la rue, de pousser les portes du centre culturel et de découvrir que les graffitis peuvent aussi vivre sur un mur… de hall d’exposition.

À noter que street art oblige, l’exposition ne va pas se contenter de rester enfermée, ou du moins va avoir des résonances « hors des murs ». Ainsi le Centre de formation des apprentis BTP agenais, le Foyer des jeunes travailleurs, le lycée professionnel Antoine-Lomet, la Tannerie, la médiathèque Lacépède ou encore le théâtre Ducourneau avec la programmation du spectacle de la compagnie Onstap « Parce qu’on va pas lâcher », résonneront aux élans du street art. Seront également au programme des temps de création artistique avec l’association Laboratoire Images Natives et l’association Street tricot.